Hommage à Aimé Césaire
avril 17, 2008
En hommage à Aimé Césaire qui vient de décéder deux extraits de ses poèmes trouvés sur le site de Potomitan :
http://www.potomitan.info/cesaire/entretien_1976.php
reprenant les entretiens d’Aimé Césaire sur France Culture qui ont eu lieu les 26 et 27 janvier 1976.
Extrait de
Qui donc, qui donc…
Et si j’avais besoin d’une île
Bornéo Sumatra Maldives Laquedives
si j’avais besoin d’un Timor parfumé de santal
ou de Moluques Ternate Tidor
ou de Célèbes ou de Ceylan
qui dans la vaste nuit magicienne
aux dents d’un peigne triomphant
peignerait le flux et le reflux.
et si j’avais besoin de soleil
ou de pluie ou de sang
cordial d’une minute d’un petit jour inventé
d’un continent inavoué,
d’un puits d’un lézard d’un rêve
songe non rabougri
la mémoire poumonneuse et le cœur dans la main
et si j’avais besoin de vague ou de misaine
ou de la poigne phosphorescente
d’une cicatrice éternelle
Extrait de
Pour saluer le Tiers Monde
Et voici de tous les points du péril
l’histoire qui me fait le signe que j’attendais,
Je vois pousser des nations.
Vertes et rouges, je vous salue,
bannières, gorges du vent ancien,
Mali, Guinée, Ghana
et je vous vois, hommes,
point maladroits sous ce soleil nouveau!
Ecoutez:
de mon île lointaine
de mon île veilleuse
je vous dis Hoo!
Et vos voix me répondent
et ce qu’elles disent signifie:
«Il y fait clair». Et c’est vrai:
même à travers orage et nuit
pour nous il y fait clair.
D’ici je vois Kiwu vers Tanganika descendre
par l’escalier d’argent de la Ruzizi
(c’est la grande fille à chaque pas
baignant la nuit d’un frisson de cheveux)
d’ici, je vois noués
Bénoué, Logone et Tchad;
liés, Sénégal et Niger.
Rugir, silence et nuit rugir, d’ici j’entends
rugir le Nyaragongo.
De la haine, oui, ou le ban ou la barre
et l’arroi qui grunnit, mais
d’un roide vent, nous contus, j’ai vu
décroître la gueule négrière!
Je vois l’Afrique multiple et une
verticale dans la tumultueuse péripétie
avec ses bourrelets, ses nodules,
un peu à part, mais à portée
du siècle, comme un cœur de réserve.
Et je redis : Hoo mère!
et je lève ma force
inclinant ma face.
Oh ma terre!
que je me l’émiette doucement entre pouce et index
que je m’en frotte la poitrine, le bras,
le bras gauche,
que je m’en caresse le bras droit.
Hoo ma terre est bonne,
ta voix aussi est bonne
avec cet apaisement que donne
un lever de soleil!
Terre, forge et silo. Terre enseignant nos routes,
c’est ici, qu’une vérité s’avise,
taisant l’oripeau du vieil éclat cruel.
Vois:
l’Afrique n’est plus
au diamant du malheur
un noir cœur qui se strie;
notre Afrique est une main hors du ceste,
c’est une main droite, la paume devant
et les doigts bien serrés;
c’est une main tuméfiée,
une-blessée-main-ouverte,
tendue,
brunes, jaunes, blanches,
à toutes mains, à toutes les mains blessées
du monde.
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